René Worms (1861 – 1926) schreef "La morale de Spinoza"

Het eerste dat opvalt is hoe dikwijls wordt beweerd dat deze Fransman in 1869 geboren zou zijn. De levensdata die ik in de kop van dit blog geef, vond ik in Henri Krops Spinoza-receptie-boek in het zeer informatieve hoofdstuk IX over "Spinozisme buiten Nederland (1900-1940)", op p. 488. En toen ik eens naar deze Worms op zoek ging, daar Krop hem, zijn data en zijn boek alleen maar noemde, maar verder niet behandelde, kwam ik op diverse plekken (de meeste eigenlijk) 1869 als zijn geboortejaar tegen. Zo bijvoorbeeld als eerste:

René Worms (1869-1926) était un sociologue français, fondateur de la Société de Sociologie de Paris, de la Société Internationale de Sociologie et de la Revue Internationale de Sociologie. Il exerça également les fonctions de Conseiller d'État. [Cf. fr.wikipedia - en.wikipedia ook uiteraard]. Maar ook hier en hier en hier zelfs 9x 1869!
Hij had behoorlijk wat in z'n mars en werd 3x doctor: in Rechten (1891), Letteren (1896) en Politieke en economische wetenschappen (eveneens 1896).

Zoals uit bovenstaande korte omschrijving al blijkt, heeft hij vooral bijgedragen aan de institutionalisering van de sociologie. Overigens is hij in de geschiedschrijving van de Franse sociologie nagenoeg geheel vergeten; ± alle credits inzake de geboorte van de sociologie gaan naar Émile Durkheim en nog wat naar Gabriel Tarde. Sebastien Mosbah-Natanson schreef daar een interessant artikel over: Worms zou een verouderde n.l. organische theorie hebben aangehangen, op de verkeerde onderbrenging hebben ingezet (bij Rechten i.p.v. bij Letteren), teveel op internationalisering hebben gefocussed en de Franse scene hebben verwaarloosd, maar toch zou zijn definitie van sociologie beter bij de huidige tijd passen dan die van Durkheim [cf.]. Misschien heeft die nalatigheid m.b.t. zijn geboortejaar ook wel met deze verwaarlozing van zijn betekenis voor de wetenschap te maken. Er is blijkbaar zelfs nooit een monografie over de man geschreven.

Enfin, René Worms schreef dus op jonge leeftijd ook een boek over Spinoza.

Die fr.wikipedia-pagina vermeldt zijn Spinozaboek: La Morale de Spinoza (1892) [lire en ligne], maar zegt er niet bij dat dit de 2e editie was. Volgens de Duitse Spinoza-bibliografie was het namelijk al in 1882 verschenen [Paris: Hachette [e.a.]. [Cf.] Dan zou hij – indien geboren in 1869 - 13 jaar geweest zijn! 21 jaar – indien geboren in 1861 – is nóg behoorlijk jong. Er is één bron, de Library of Congress [cf.], die in diezelfde wikipedia te vinden is trouwens, die zelfs heel precieze levensdata geeft: b. Rennes, 8 Dec., 1861; d. Paris, 12 Feb., 1926. Ik had eerst gedacht dat ik Henri een foutje moest melden, maar vele anderen zitten blijkbaar fout: zelfs bibliotheken geven fouten gewoon door. Ook archive.org die zijn doctoraatsthese geeft, Organisme et société (1895), heeft z’n geboortedatum gewoon fout.

Ook de Jewish Encyclopedia heeft het geboortejaar fout, maar geeft wel het voor dit blog interessante feitje dat La morale de Spinoza werd “crowned by the Académie des Sciences Morales et Politiques.” Dat staat trouwens ook op de titelpagina vermeld. En verder dat hij een belijdend aanhanger van de joodse godsdienst was. [Cf.]

Dat dit niet onbelangrijk was, blijkt wel eruit dat hij begint met de joodse bronnen van Spinoza, terwijl in die tijd in Frankrijk juist gebruikelijk was om op de Cartesiaanse oorsprong van Spinoza te wijzen.

Ik volsta met hier nog de inhoudsopgave die staat op p. 333 en 334, te geven en daarmee heb ik mij bijdrage aan René Worms en het Spinozisme wel geleverd. *)

 

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Zie ook aardig wat info over René Worms in:
Martin S. Staum, Nature and Nurture in French Social Sciences, 1859–1914 and Beyond. McGill-Queen's Press - MQUP, 2011 - books.google. Ook in dit boek wordt hij in 1869 geboren.

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*) Hoewel, bij nader inzien, vind ik het wel aardig om hieronder  zijn laatste, niet lange hoofdstuk over te nemen: "CONCLUSION - SPINOZA ET LA PENSÉE CONTEMPORAINE"

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CONCLUSION


SPINOZA ET LA PENSÉE CONTEMPORAINE


Nous avons dû jusqu'ici, pour suivre l'influence de Spinoza, étudier séparément chacune des nations sur lesquelles elle put rayonner. Si maintenant nous essayons de nous élever, au-dessus de ces analyses, à une vue synthétique de l'action du spinozisme, nous ne pouvons nous empêcher d'être frappés, tout d'abord de la remarquable diffusion des idées de l'Ethique à notre époque. Non seulement elles sont connues en France, en Allemagne, en Angleterre, mais nous en retrouverions les traces jusqu'en Amérique, où le stoïcisme du grand moraliste Emerson ne va point sans quelque teinte de panthéisme, et — dans une doctrine bien différente — jusqu'en Russie, où le nihilisme théorique a pris naissance dans la propagation d'une doctrine issue de Spinoza, l'hégélianisme. Nous les retrouverions même en Asie, dans ces foyers toujours si intenses de pensée religieuse et mystique, qui [327] sont la Syrie et surtout la Perse: il n'y a rien, dans toute la philosophie occidentale, qui éveille autant la curiosité des théologiens orientaux, que les doctrines de Hegel et de Spinoza1. Mais, en dehors de cette lointaine expansion, si nous restons dans notre vieille Europe, il semble que les théories de Spinoza soient universellement répandues, non seulement dans le monde des philosophes, mais dans celui même des artistes et des savants. La poésie contemporaine n'est-elle pas tout imprégnée de panthéisme? le romantisme en Allemagne  en Angleterre, en France, ne s'est-il pas fait en vue de ranimer, et de restaurer le culte de la nature? et, depuis le romantisme même, que voyons-nous chez des poètes comme M. Leconte de Lisle, sinon la continuation et l'exagération du mémé idéal? A vrai dire, il y a là plus de panthéisme que de spinozisme proprement dit. Tous ces poètes ignorent Spinoza, et c'est sans le connaître qu'ils s'inspirent de son esprit. Mais Spinoza, en revanche, est lu et apprécié par les hommes de science: depuis Johannes Muller jusqu'a MM. Wundt, Taine et Lewes, nous voyons qu'il est universellement admiré par les physiologistes et les psychologues de l'école expérimentale, à tel point qu’on a pu dire que « Spinoza devient de plus en plus le philosophe des gens de science  2 ». N'avons-nous pas vu deux esprits bien opposés, dont l'un représente en philosophie les tendances réalistes et scientifiques, [328] et l'autre les tendances idéalistes et poétiques, M. Herbert Spencer et M. Ernest Renan, le premier reproduire en partie Spinoza, le second le couvrir de fleurs? Ainsi, de tous les côtés, à notre époque, on semble admirer Spinoza et s'inspirer de ses oeuvres. Les penseurs des écoles les plus opposées paraissent réunis par une commune vénération pour sa mémoire. Ce sentiment s'est fait jour, il y a peu d'années lors de l'érection d'un monument de Spinoza à la Haye3. De toutes les parties du monde ont afflué les souscriptions; des hommes de toute race, de toute croyance, de toute profession, ont tenu à honneur d'envoyer leur obole en vue de contribuer à un grand et tardif acte de justice. A la statue de la Haye est venu s'ajouter — fruit d’un reliquat de la souscription — un monument plus durable: la belle édition des oeuvres de Spinoza par MM. Van Vloten et Land, suivant d'assez près les remarquables travaux de deux commentateurs de Spinoza, M. Frederick Pollock en Angleterre et M. Kuno Fischer en Allemagne. Ainsi rien ne semble manquer de nos jours à la gloire de Spinoza, ni l'hommage matériel de sa patrie et du monde entier, ni le témoignage, plus précieux encore, que portent de son action les travaux des penseurs les plus éminents et les plus divers.


Cependant, dans cette renaissance du spinozisme, il semble qu'une partie de la doctrine soit restée oubliéè; et c'est celle précisément qui doit ici nous intéresser [329] le plus, c’est la morale. De toutes les parties de son oeuvre, la morale était celle à laquelle Spinoza tenait le plus, puisque c'est pour aboutir à elle qu'il avait composé toutes les autres; et il se trouvait maintenant que ce qui survivait de son oeuvre, c'était précisément ces parties accessoires, psychologie et métaphysique, tandis que la morale, partie essentielle, demeurait sans influence. La conception spinoziste de la nature et de Dieu semblait triompher — non pas, il est vrai, sous la forme même que lui avait donnée Spinoza, mais en s'accentuant, chez les savants, dans le sens du mécanisme, et chez les poètes, dans le sens tout opposé 'de la vie universelle; — mais la conception spinoziste du bien et de la félicité humaine semblait au contraire disparaitre. Que voyons-nous, en effet, si nous envisageons l'état actuel des doctrines morales? D'un côté, les théories utilitaires, appuyées surtout par l'école anglaise, théories qui enferment l'homme dans la recherche d'un intérêt purement humain, théories d’une « morale indépendante », qui prétend se passer, non seulement de toute religion, mais de toute métaphysique. De l'autre côté, les théories qui fondent la morale sur le devoir, théories mêlées de christianisme et de kantisme, qui font appel à la métaphysique et à la religion, mais qui commencent par placer l'idéal moral dans les régions transcendantes, par établir que son essence n'a rien de commun avec celle de l'intérêt. D’une part donc, une psychologie de l'intérêt; de l’autre, une métaphysique du bien: c'est entre deux théories extrêmes que la lutte aujourd'hui est [330] circonscrite. Or la théorie de Spinoza était un essai de conciliation de ces deux systèmes, puisque c'était une métaphysique de l'intérêt et une psychologie du bien. Mais nos moralistes modernes n'ont pas voulu de cette conciliation, et ils ont préféré courir de nouveau aux solutions radicales: ils ont rouvert le vieux débat de l'épicurisme et du stoïcisme, que Spinoza avait prétendu clôturer. Ont-ils bien fait? ont-ils eu tort? l'avenir en décidera. Une chose cependant est certaine: c'est qu'on ne rejette jamais impunément les solutions larges, celles qui donnent, autant que possible, satisfaction aux tendances opposées; c'est qu’il est toujours périlleux d'édifier sur une base étroite des systèmes, quand' il s'en présente un, tout à côté,qui repose sur de plus amples données. Nos contemporains peuvent avoir plus de lumières que Spinoza sur tel ou tel point particulier; il y a peut-être plu de rigueur scientifique chez les Anglais, plus de subtilité métaphysique chez les Allemands, plus de hauteur et de pureté morale chez les Français, qu'il n'y en avait dans l'Éthique de Spinoza; mais nulle part encore, parmi les modernes — à notre connaissance tout au moins, — on ne trouve réunies à un tel degré les qualités qui passent pour les plus opposées. Ce que nos contemporains gagneraient à mieux connaître la morale de Spinoza, ce serait cette incomparable largeur de vues qui, dans l'Éthique, fait se succéder, en leur ordre hiérarchique naturel, et se superposer les diverses idées— parfois contraires l'une à l'autre dont s’inspire toute l'activité de l'homme: amour de soi-même, [331] amour de l'humanité, et, entre ces deux amours, pour en former le lien, amour de l'Être infini. Mais il est une chose qu'ils pourraient encore apprendre de Spinoza, et qui est, au fond, le plus grand enseignement qu’il nous ait légué, Ils pourraient apprendre de lui comment on fait pour pratiquer soi-même les préceptes qu'on a posés pour lés autres; comment on peut, par le développement sa raison, réaliser en sa propre âme l’infinie et la parfaite béatitude; comment la contemplation de l'ordre universel, si nous en faisons l’occupation de notre vie, nous élève au-dessus des choses périssables et nous porte jusqu'à Dieu même. N'est-ce pas le plus beau titre de cette doctrine, d'avoir inspiré toute la vie de son auteur, et d’en avoir fait un modèle incomparable de vertu?


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1 Comte de Gobineau, les Religions et les Philosophies de l'Asie centrale, 2e édit., p. 139.

2 Pollock, Spinoza, dernier chapitre.

3. Noter cependant la protestation de M. Renouvier, que publia à cette date la Critique philosophique.